lundi 18 juillet 2016

Après la quête, le retour aux sources

Si vous êtes comme moi, le simple fait de retracer ses ancêtres et de documenter leur histoire ne suffit pas. L'accumulation de documents de preuve corrobore une hypothèse certes, mais ne comble en rien le vide identitaire laissé par les ruptures de transmission de l'histoire familiale dont les causes peuvent être multiples.

L'immigration est une de celle-là et la rupture est radicale dans ce cas. D'une part, il n'y a plus aucun membre de la famille pour raconter l'histoire familiale, et notre ancêtre migrant n'a aucune envie de la transmettre car il a fui cette histoire. Il ne souhaite que s'intégrer à son pays d'accueil, il y arrive souvent difficilement, et désire que ses enfants en fassent tout autant.

Une façon de combler ce vide, pour les descendants, est de retourner sur les traces de l'ancêtre dans le village d'origine, comme une sorte de pèlerinage. Ce village qui l'a vu naître et grandir, celui où il a appris son métier; celui qu'il a quitté pour un monde meilleur.

Des voyages sur la trace de mes ancêtres, j'en ai fait plusieurs: Lot-et-Garonne, Normandie, Toscane, Picardie, Ardèche, Charente-Maritime, Liège, Neuchâtel, etc.. Je suis la première à l'avoir fait dans ma famille. Des cousins ont ensuite également fait ce genre de voyage. De plus en plus de gens ressentent le besoin de le faire.

Dans trois mois, j'aurai terminé un cours en tourisme auprès d'un collège spécialisé en ce domaine. Mon travail consistera entre autre à créer des itinéraires de voyage. J'ai vécu des moments extraordinaires en retournant dans le pays de mes ancêtres. Je souhaite sincèrement donner la chance à d'autres de vivre de telles émotions, d'enfin boucler la boucle!

vendredi 8 juillet 2016

Les Focacci, réfugiés politiques toscans en Ligurie

Il y a quelques années, lorsque j'ai finalement découvert l'origine de mon ancêtre italien, Severino Da Prato (sosa 24), j'ai eu la chance de pouvoir compléter cette branche de mon arbre. Je suis remontée de branche en rameaux jusqu'au milieu du 17e siècle, mine de rien.

Un des actes de mariage retrouvé, celui de Francesco Merrighi (Sosa 194) et de Maria Maddalena Fogacci (Sosa 195), allait m'ouvrir un autre pan de l'histoire de la Toscane. Ce couple s'est marié à l'église Santa Maria Assunta de Loppia, commune de Barga le 26 décembre 1750. Leur acte de mariage précise que Maria Maddalena est la fille de Francesco Focacci, d'Ambrosasco duché de .... et l'acte de naissance de l'épouse (voir plus bas) donne également le nom de sa mère, Maria Raggi, et reprécise le lieu d'origine de la famille : Villa Abrosasco. Mais d'où venait donc cette famille?

Extrait de l'acte de mariage de Francesco Merrighi et de Maria Maddalena Fogacci.

Après une petite recherche, je découvre le lieu dit Villa Aborzasco, hameau de Santo Stefano d'Aveto, au nord de la ville de Gênes, aux confins de la Ligurie et de l'Émilie-Romagne. Ce lieu se situe à environ 75 km de la frontière nord-ouest de la Toscane.

 Acte de naissance de Maria Maddalena Fogacci le 3 janvier 1732 à Santa Maria Assunta de Loppia, commune de Barga.

J'ai contacté un historien de cette région ligure pour en savoir un peu plus sur cette famille. Je ne m'attendais pas à cette réponse. Il m'a expliqué que les anciens du village disaient que les familles Focacci et Raggi étaient originaires de la Toscane. Qu'ils étaient des réfugiés politiques installés à Amborzasco à l'époque des guelfi et ghibellini, en français les guelfes et gibelins.

Une fois ces conflits politiques terminés, ces familles sont rentrées en Toscane, d'abord dans le cadre de migrations saisonnières, dont le trajet se faisait à pied. Puis, certaines familles s'y sont installées définitivement vers les années 1700. C'est le cas de mes ancêtres Focacci.

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lundi 11 avril 2016

In America

In America est un commentaire que l'on retrouve souvent dans les recensements des paroisses de Toscane. Pour le seul mois de mars 1856, au moins 15 hommes quittent la paroisse de Loppia pour l'Amérique. C'est sans compter ceux partis en France ou ailleurs en Italie, ni ceux pour qui on a indiqué la mention «alle figure» sans destination précise.

Un de ces garçons se nomme Lorenzo Bonaccorsi. Il naît à Loppia le 11 avril 1836 du mariage entre Giovacchino Bonaccorsi et Angiola Equi, veuve de Salvadore Riani. Sur l'extrait du recensement paroissial ci-contre, il est bien indiqué que Lorenzo est «parti per l'America» en mars 1856. Il ne part pas seul. Entre autre, son cousin Michele Rigali fait le voyage avec lui.

Recensement paroissial de Santa Maria di Loppia de 1853-1856, province de Lucca, Toscane.

On retrouve d'ailleurs Lorenzo Bonaccorsi, comme manufacturier de figurines, à Manchester, comté de Bennington au Vermont, avec son cousin Michele Rigali, ce dernier nouvellement marié, sur le recensement fédéral des États-Unis de 1860.

Extrait du recensement fédéral des États-Unis de 1860, Manchester, comté de Bennington, Vermont.

Bonaccorsi part vendre ses figurines au Québec puisqu'il s'y marie le 18 juin 1862. Le mariage a lieu à la cathédrale de St-Jean-sur-le-Richelieu. Il prend pour épouse Domithilde (Mathilde) Landry, fille de René Landry et de Céleste Tremblay. Encore une fois, il n'est pas seul puisque Cristino Stefani, son compatriote, également originaire de Loppia, épousera le même jour Hélène Landry, la soeur de Domithilde.

Le couple Bonaccorsi-Landry aura deux enfants baptisés à St-Jean, puis s'installe à Montréal, rue Amherst.
  1. Maria Elisa n et b 8 mai 1863 St-Jean-sur-Richelieu, St-Jean-l'Évangéliste
  2. Maria Graziella n et b le 8 août 1865 St-Jean-sur-Richelieu, St-Jean-l'Évangéliste
  3. Laurent n 6,  b 12 novembre 1868 Montréal, Notre-Dame
  4. Lydia ca 1877 

Extrait de l'annuaire Lovell de Montréal de 1875.

Vers 1880, la famille déménage ses pénates à Lowell, Massachusetts. Lorenzo se dit alors «pedlar» tel qu'on peut le voir sur l'annuaire de cette ville en 1885. Notez la variante orthographique!


Extrait de l'annuaire de 1885 de la ville de Lowell au Massachusetts.

Cette même année, le 29 octobre, Lorenzo alias Laurent Bonacorsi décèdera de pneumonie, à Lowell. Les enfants s'établissent dans cette ville. Nous y avons trouvé leur mariage respectif.

 4e sur la page: Laurent Buonacotsi décédé à Lowell, MA en 1885.

Une simple mention dans un recensement en Italie nous a amené à découvrir une partie du destin de ce migrant avec lequel je partage un rameau de mon arbre puisqu'il est le cousin germain de mon ancêtre Severino Da Prato!